Mélanie Terrier : à fleur de Peau d’Âne

Vous voyez l’effet d’une fraîche cascade en été ? Agréable : l’énergie de l’eau, la douceur champêtre, autant d’éléments propices à une réflexion errante sur l’existence et la beauté, qui vous laissent en partant une petite nostalgie délicieuse… Mélanie Terrier, c’est pareil en mieux ! Sauf qu’ici la métaphore et le cliché sont niais, aux antipodes de la plasticienne qui nous intéresse. Chez elle, il s’agit toujours d’ambiances à tiroirs ou plutôt d’un parcours dans l’entre-deux : telle une elfe à faire fantasmer les frères Grimm, elle vous entraîne dans une sphère qui sonde la mémoire individuelle et collective, glisse sur le fil de l’apparition et de la disparition, conjugue l’enveloppe féminine entre monstration et pudeur. Ses images ne s’ancrent pas seulement à un récit de soi (« l’autoportrait se justifie aussi par le côté pratique car on a toujours le modèle sous sa main ») mais se stratifie bien plus dans une archéologie du fantôme. Pas un spectre d’Épinal… Une « éthérisation » de l’être. Cependant les pensées chancellent autour d’un dévoilement concret : nous fûmes toutes princesses attendant le charmant chevalier, nous écoutons nos corps expirer en attendant qu’un autre cycle se dessine. C’est une quête sur ce qu’on a été, qu’on devient et qu’on oubliera peut-être tout à fait. Il faut s’accorder la pause pour entrer dans l’œuvre, attendre son tour pour percer la matrice qui en est l’axe récurrent. La danse circulaire chantonnée (« Un jour… »), une vidéo en boucle sur guéridon, trouverait sa place légitime dans un cabinet de curiosités ; le cliché « Sleeping zone » se vêt d’une robe de sommeil avant de se dénuder dans les « Metacorpus ». Quant à ses «Glaciations », impressions numériques sur papier Arche, elles symbolisent aujourd’hui un tournant : du clair-obscur intense à l’effacement. Un changement de cap vers d’autres techniques, un désir d’aller plus vers la matière et de s’afficher moins via l’écran ? Une nouvelle ère qui s’inscrit en même temps qu’est signée la location d’un lieu de travail. L’intuition que cette demoiselle n’a pas fini de nous conter sa version d’effets fait miroiter un avenir, qui, du joli terrier, se transposera assurément dans les collections de nos musées...

 

Marika Nanquette-Querette, Juillet 2009

Marseille Libre
Trouvailles et découvertes culturelles à Marseille

 

 

 

 

 

 
Mélanie Terrier
 
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