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La posture est une affaire sensible
Dans les photographies de Mélanie Terrier, c’est la capture d’une image vidéo qui transcende les frontières et brûle l’exposition de la réalité pour remonter le temps et nous interroger sérieusement sur l’esthétique du nu. Deux corps dans des postures presque semblables où tout est légèrement décalé, deux poses surexposées dans la blancheur des draps, où l’ovale du cadre transcende l’idée du camée. Blanches attaque frontalement la notion du beau et les valeurs du passé en inscrivant le corps sur des poses maintes fois rencontrées, on frôle la plastique de Michel-Ange dans l’ambiguïté du sexe et du dédoublement. Les muscles sont saillants, les plis soigneusement orientés, tout converge vers l’ébauche de la sculpture. Le sommeil est une affaire d’intimité et de regard sur soi. Dans le repli des draps, le corps s’expose ou disparaît, il sculpte la lumière et touche au sensible de la ligne brisée pour emmener le regard vers une beauté formelle et onirique qui devient un entretien avec soi-même. On frôle le cliché, mais en reste du côté de l’auteur, on touche au vintage, mais ça nous apparaît résolument moderne. Il y a ce qui se dit et ce qui reste évasif, ce qui nous laisse sans voix au sens de « voilà, on y est ».
Mélanie Terrier développe un travail dont le point de départ est une capture vidéo de son corps. Dans cette première étape, le bougé est une affaire de lenteur et de justesse de la pose. Le passage du ventral au dorsal, du postérieur à la rencontre du sexe est très pudique. Tout se construit dans une face cachée et suggère l’indice minimal. D’un corps avantageux naît une silhouette de lumière qui nous emmène de toute évidence vers les propriétés de la peinture. La transversalité joue encore une fois de ses atouts pour recomposer et réinterpréter le passé. Elle nous donne à voir une image plasticienne et non un instant décisif, parce que rien n’est définitif. (…) Il se dessine un univers qui prend le contre-pied de l’esthétique relationnelle et replace le formel et la beauté de l’objet au centre des envies et de nos intérêts, (…) l’œil redevient un sujet central.
Karim Grandi-Baupain
Journal César, Mars 2008
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